Contrairement à une idée répandue, l’enfant n’interprète pas toujours la disparition d’un grand-parent selon un schéma psychologique prévisible. Certains développent des réactions inattendues, oscillant entre mutisme et agitation soudaine.
En France, près d’un tiers des enfants vivent la perte d’un grand-parent avant l’adolescence, mais rares sont les familles qui anticipent les besoins spécifiques liés à ce deuil. Les réponses parentales varient et les ressources disponibles restent peu connues.
Le deuil chez l’enfant après la perte d’un grand-parent : comprendre ce qui se joue
Le deuil que traverse un enfant après la mort d’un grand-parent ne répond à aucune règle gravée dans le marbre. L’équilibre familial vacille, la réalité s’impose, et chacun, à sa mesure, tente de composer avec l’absence. Les spécialistes le constatent : la façon dont un jeune vit ce moment dépend de bien plus qu’une liste de stades à franchir. L’âge compte, bien sûr, mais aussi la relation entretenue avec le défunt, la dynamique familiale et la liberté d’exprimer ce qui le traverse.
Le schéma en cinq temps proposé par Elisabeth Kübler-Ross,choc émotionnel, colère, tristesse, acceptation, reconstruction,parle à beaucoup d’adultes, mais chez les enfants, la réalité s’avère plus nuancée. Certains vont s’agiter, d’autres se taire, certains encore se plaignent de maux de ventre ou perdent l’appétit. La culpabilité surgit parfois, alimentée par des pensées magiques typiques de l’enfance.
Dans ce contexte, l’isolement ou des signes de repli peuvent apparaître. Les proches,parents, frères et sœurs, membres de la famille,ont alors un rôle de boussole. Écoute, présence, accueil des émotions : voilà les repères à offrir. Si les réactions deviennent déroutantes ou persistent, il faut penser à consulter un psychologue ou un pédopsychologue. La traversée du deuil prend du temps, sans calendrier figé. Parfois, un rituel ou la transmission d’un souvenir familial dessine une première ouverture vers la reconstruction.
Pourquoi les réactions varient-elles d’un enfant à l’autre ?
Impossible de calquer la réaction d’un enfant sur celle de son voisin : le deuil, c’est une histoire singulière, écrite à partir de l’âge, du tempérament, de la relation avec le grand-parent disparu, et du climat familial. Certains enfants qui savent déjà bien parler posent des questions ou verbalisent leur tristesse ; d’autres, plus jeunes ou plus réservés, laissent leurs émotions s’exprimer autrement : colères, silences, douleurs physiques.
Pour illustrer cela, Adélaïde Russell, spécialisée dans l’accompagnement des expatriés, souligne combien la réaction dépend du lien au défunt et des repères offerts par le cercle familial. Quand la parole circule, l’enfant peut mettre des mots sur ce qu’il ressent. À l’inverse, si les adultes évitent le sujet, le jeune se retrouve sans boussole. L’environnement, les rituels, les explications données avec des mots adaptés à chaque âge, tout cela façonne le vécu du deuil.
Voici les principaux points qui influencent cette diversité de réactions :
- L’âge de l’enfant façonne sa compréhension de la mort et sa capacité à exprimer ce qu’il traverse.
- Le contexte familial, qu’il soit apaisé ou marqué par des tensions, oriente la façon dont chacun vit la perte.
- L’appui d’un psychologue ou d’un pédopsychologue devient précieux lorsque la détresse s’installe ou que l’enfant s’isole durablement.
Les situations d’expatriation complexifient encore la donne : l’éloignement et l’impossibilité de participer aux rituels rendent le chemin plus escarpé. Certains enfants réclament la présence de leurs proches, d’autres préfèrent s’enfermer dans le silence. Il faut respecter ce tempo, sans chercher à forcer l’expression. La variation des réactions n’est pas un signe d’immaturité, mais la traduction d’histoires, de liens et de ressources différentes.
Accompagner son enfant dans le deuil : conseils concrets et gestes qui aident
Perdre un grand-parent vient bouleverser la vie de famille. Les parents, dans ce contexte, deviennent des guides précieux. Il s’agit de parler vrai, sans masquer la réalité du décès, pour que l’enfant puisse questionner, nommer ses émotions, apprivoiser la douleur. Laisser de la place à ce qui déborde, à ce qui surprend, c’est déjà aider.
Pour soutenir un enfant dans cette période, plusieurs gestes et attitudes peuvent faire une réelle différence :
- Partager des souvenirs ensemble, inviter l’enfant à raconter un moment marquant avec le grand-parent disparu. Le livre ‘Raconte-moi ton histoire’ peut servir de support pour garder une trace et faire vivre la mémoire familiale.
- Permettre à l’enfant, selon son âge, de participer à un rituel funéraire ou symbolique. Ce moment l’aide à comprendre ce qui se passe et à intégrer la réalité de la séparation.
- Respecter le rythme de chacun : certains enfants ont besoin de silence, d’autres de manifester leur tristesse ou leur colère. Accueillir ces réactions sans jugement, c’est leur donner un espace sécurisé.
L’accompagnement ne s’arrête pas là : après les obsèques, proposer des activités physiques ou créatives aide à libérer les tensions. Des groupes de parole, des rendez-vous avec un pédopsychologue ou un psychologue ouvrent un espace neutre, où la souffrance peut se dire et la culpabilité s’alléger.
Si l’enfant se replie sur lui-même ou semble s’enfermer durablement, il peut être utile de solliciter un aidant ou un professionnel. L’entourage familial reste la première ressource : disponibilité, attention et partage tissent un filet rassurant, clé pour se reconstruire pas à pas.
Parler de la mort en famille, un pas essentiel pour traverser l’épreuve ensemble
Dire la mort au sein de la famille peut être vertigineux, mais cette parole, même hésitante, ouvre la voie vers une reconstruction commune. Les premiers mots sont parfois maladroits, pourtant ils posent les bases d’un dialogue dont toute la famille a besoin. Après la perte d’un proche, les enfants scrutent les réactions des adultes, cherchent des repères dans leur façon de nommer ce qui est arrivé. Rester vrai, adapter les mots à l’âge de l’enfant, c’est offrir un socle solide pour l’aider à avancer.
Ce dialogue sur la mort permet à chacun de mettre à nu sa tristesse, sa colère, ses doutes. Les adultes n’ont pas à tout maîtriser : montrer ses propres émotions humanise la relation, n’enlève rien à la solidité de l’accompagnement. Se rassembler autour d’un album photo, d’un objet cher ou d’un geste symbolique aide à façonner un récit commun. Cette mémoire partagée facilite l’acceptation de la perte et prévient l’isolement de chacun.
Des professionnels comme les psychologues, pédopsychologues, associations ou services spécialisés peuvent soutenir cette démarche collective. Les groupes de parole, l’aide à domicile, ou la téléassistance proposée par Solitud’Ecoute ou Filien ADMR offrent une présence rassurante et des solutions concrètes. La famille peut ainsi mobiliser, en interne et avec l’appui extérieur, les ressources nécessaires pour traverser le deuil et préserver son équilibre. Et lorsque la parole circule, même timide, la vie reprend doucement sa place, transformée mais toujours possible.


