J’avais l’habitude d’écrire ici un article sur le sujet de vos questions les plus fréquentes, respectivement, des opinions sur ma course à pied pendant la grossesse. La question la plus posée était la suivante : « Qu’allez-vous écrire après une fausse couche ? » Je répondais que si cela se produisait :
- Je sais que ce n’était pas pour courir.
- Je vais écrire à ce sujet parce que je suis un journaliste spécialisé, et je pense que ces sujets devraient être abordés.
- Quand je retomberai enceinte, si tout va bien, je courrai à nouveau.
Voilà. C’est arrivé, cette chose que l’on redoute et que l’on espère ne jamais vivre. Cette promesse, je l’accomplis aujourd’hui. J’aurais préféré n’avoir jamais à rédiger ces lignes, mais la réalité s’est imposée : j’ai fait une fausse couche.
Tout s’est joué en une nuit, celle du samedi au dimanche 30 juillet 2017. Je n’ai su que j’étais enceinte que pendant quelques heures. Samedi matin, j’étais partie avec mon mari et notre fils pour assister au mariage d’un ami. Un léger retard dans mon cycle, rien d’alarmant, mais la curiosité l’a emporté. Malgré la recommandation de mon médecin d’attendre au moins une semaine après un retard, je me suis décidée : direction la salle de bains, test en main. Et là, positif. D’après mes calculs, j’en étais à peine à la cinquième semaine. Il n’était pas encore temps de consulter. J’ai toujours conseillé d’attendre la septième semaine, le moment où le cœur du bébé commence à battre, avant, l’échographie peut ne rien révéler du tout.
Je me sentais bien, rien à voir avec ma première grossesse où les symptômes étaient arrivés d’emblée. Nous avons profité de la fête, tout semblait paisible. Mais la nuit, j’ai senti la fièvre monter, la sueur, l’inconfort. Et au matin, du sang. Premier réflexe : appel au médecin dès le lundi. Rendez-vous. L’échographie ne montrait plus rien, la fausse couche avait déjà eu lieu. Le médecin a confirmé : j’étais bien enceinte, mais le processus s’était déclenché de lui-même.
Il m’a livré plusieurs informations qui, même si elles ne consolent pas, donnent du recul :
- Sans test, si l’on ne surveillait pas son cycle de près, il arrive que l’on passe à côté d’une grossesse. Un simple retard, un flux menstruel un peu plus intense, et rien d’autre.
- Cette situation touche de nombreuses femmes dès le début, souvent sans qu’elles le sachent. Difficile donc d’établir des statistiques fiables.
- Les fausses couches précoces sont bien plus courantes qu’on ne le croit, mais on en parle peu, ou pas du tout.
- Pas besoin d’hospitalisation ni de longs protocoles : il est possible de tenter une nouvelle grossesse sans délai particulier.
La douleur reste, mais j’ai ressenti un certain soulagement : je n’étais pas isolée. Dès le départ, rien ne laissait présager une issue différente. Nous avons décidé d’attendre un mois avant d’essayer à nouveau. C’était tôt, mais la claque était réelle. En y repensant, je me dis que cela m’était peut-être déjà arrivé sans que je ne m’en aperçoive.
Mais venons-en à la raison qui m’a poussée à écrire cet article. L’une de mes lectrices avait soulevé la question, laissant entendre que mon mode de vie, course à pied, sport régulier, aucune restriction, pouvait être en cause. Soyons clairs : mon avis ne change rien aux faits. Ni la course à pied, ni l’activité physique habituelle n’ont jamais été reliées à une fausse couche précoce. C’est ce que m’a rappelé mon médecin : aucune étude n’a prouvé qu’un avortement spontané pouvait être provoqué par la course à pied, surtout au tout début de la grossesse. Le fœtus est alors bien protégé, enveloppé et soutenu par le plancher pelvien. Ce serait bien plus risqué de chuter en courant au troisième trimestre, ventre arrondi, que de continuer à s’entraîner en toute mesure.
En réalité, chaque femme connaît son corps et sent ce qu’elle peut s’autoriser. Le danger ne vient pas d’une séance de course, mais d’une perte d’équilibre ou d’une chute, tout simplement. Et pour être honnête, cette fois-ci, je n’avais presque pas fait de sport. Trop de travail, des vacances, bref, rien de comparable à mes habitudes. Si l’on devait encore douter, cela suffit à balayer les soupçons sur l’activité physique.
Comme le répète souvent mon médecin, si quelque chose ne va pas lors du développement du fœtus, la fausse couche peut survenir, et ce n’est pas en restant allongée chez soi que l’on changera quoi que ce soit. C’est abrupt, mais c’est la réalité.
Je ne souhaite à personne de vivre cela. Mais si vous traversez cette épreuve, ne redoutez pas d’en parler. Vous seriez étonnée de découvrir à quel point ce vécu est partagé, et à quel point le silence autour du sujet isole. Pour ma part, chaque fois que j’ai raconté mon histoire, j’ai reçu des témoignages similaires en retour. C’est dur, mais savoir que l’on n’est pas seule offre un peu d’apaisement.

