Dire que la polio appartient au passé serait un raccourci dangereux. Depuis des décennies, ce virus a façonné des générations, imposant la peur et la paralysie dans son sillage. Pourtant, une nouvelle brèche s’ouvre aujourd’hui dans la muraille de la maladie : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé l’éradication d’un autre type de poliovirus transmis d’humain à humain, fruit d’une mobilisation internationale inédite autour de la vaccination. L’annonce sonne comme un soulagement planétaire, même si le dernier bastion du virus résiste encore, replié dans quelques poches d’Asie. Depuis 1988, la poliomyélite, qui s’attaque au système nerveux et laisse trop souvent derrière elle des séquelles irréversibles de paralysie, a vu ses cas chuter de 99 %. Un chiffre qui parle de lui-même.
Matshidiso Moeti, à la tête de la région Afrique pour l’OMS, l’a rappelé avec force : « L’éradication du poliovirus de type trois marque une avancée capitale vers la disparition totale de la polio, mais il serait prématuré de baisser la garde. » Les victoires s’accumulent, mais le combat, lui, continue.
La poliomyélite, maladie virale redoutée, a été balayée du monde occidental il y a une cinquantaine d’années grâce à des campagnes de vaccination massives. Mais ailleurs, le cauchemar a persisté. Des dizaines de milliers d’enfants, chaque année, ont payé le prix fort : décès, handicaps, vies fauchées ou brisées. La poliomyélite, ce n’est pas un seul virus, mais trois types distincts. Le dernier avait disparu en 2015, et la Commission de l’OMS vient d’annoncer la disparition du troisième, confirmant une avancée concrète dans la lutte contre la maladie.
Pourtant, la vigilance reste de mise. Aujourd’hui, le premier type de poliovirus ne circule plus qu’en Afghanistan et au Pakistan, où 88 nouveaux cas ont été recensés cette année. Mais la surprise est venue des Philippines : après vingt ans sans signalement, deux nouveaux cas sont apparus le mois dernier. Les autorités locales envisagent désormais une vaste campagne de vaccination pour contenir la menace.
En Europe centrale, la page a été tournée bien plus tôt. Dans l’ex-Tchécoslovaquie, la polio a disparu dès 1960, et la vaccination est devenue la règle pour chaque enfant, intégrée à ce que l’on appelle aujourd’hui l’anhexavaccin. Un acquis qui rappelle que la victoire sur la polio ne tient qu’à une seule chose : la persévérance collective.
Reste à savoir si, dans quelques années, le poliovirus ne sera plus qu’une page des livres d’histoire, reléguée aux marges de la mémoire collective. Le dernier mot, lui, appartient à la solidarité et à la vigilance. Qui osera relâcher l’effort ?

